Pourquoi j’ai créé l’autolouange
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- il y a 1 jour
- 3 min de lecture
(avant même de découvrir que cette pratique avait existé à la source de nos cultures)
Par Marie Milis, fondatrice de l’Institut de l’Autolouange
Mathématicienne en zone de "discrimination positive"
J’ai eu la grande chance de devoir enseigner avec les élèves les plus réfractaires, en zone dite
de « discrimination positive » ! Je suis passée brusquement de la recherche universitaire en
mathématique aux États-Unis aux écoles de relégation de nos « zones sensibles » en Belgique.
Fruit d’un parcours scolaire pénible, jonché de dévalorisations, mes élèves s’étaient tatoué sur
l’âme un « sentiment d’incompétence acquis », comme le nomme Bandura. « Avec nous, ça
vaut pas la peine M’dame. » Ils se pensaient, se vivaient nuls et comptaient bien m’imposer ce
diagnostic laborieusement ingéré.
Transformer la classe
Lentement, j’ai transformé la classe en laboratoire de recherche et j’ai rendu tous mes
élèves acteurs en math. En modifiant ma posture et celle de mes élèves, en pratiquant
l’échange d’expertise, en stimulant l’avancée de question en question sans « donner » cours
au sens de poser avec autorité la parole de vérité… J’ai déjoué tous leurs pièges, contre les
maths, contre moi et contre eux-mêmes. Ils se croyaient vraiment nuls !
Résultat : en fin d’année, mes élèves d’école technique passaient des examens oraux devant
jurys universitaires… et réussissaient ! Brillamment pour certains.
Un frein demeurait
Pourtant la plupart ne s’attribuait pas leur réussite. Réussir ne les libérait pas du plomb de
l’opprobre et du déni. Ils inventaient toute une panoplie de raisons à leur réussite, toutes
externes, aucune liée à leurs capacités expérimentées et révélées !
Je voulais lever ce dernier verrou : qu’ils se reconnaissent acteurs de leur propre réussite,
présents, en « je ».
L’émergence de l’autolouange
Pour eux, et avec eux, j’ai formulé les consignes de l’autolouange :
• une parole proclamée, en « je » • avec « amplification » • et sincérité.
Là ils ont été surpris ! Une parole d’une immense sincérité, étonnante de vitalité et de poésie
est montée de chacun·e. « Alors j’ai pu ! moi aussi j’ai pu. » Et ils ont osé leur envergure
singulière.
Je me souviendrai toujours quand Francisco s’est levé et a proclamé cette phrase tellement
émouvante :
« Je suis le sucre d’un café trop amer. »
La lumière dans son regard.
Une pratique universelle et aujourd’hui rayonnante
Depuis, eux et moi diffusons cette pratique de dignité. J’ai découvert qu’elle a existé partout,
sur toute la surface du globe – et qu’elle existe encore aujourd’hui, sous des formes variées,
dans les cultures de l’oralité.
Un premier livre a vu le jour : Souviens-toi de ta noblesse, recueil des autolouanges de mes
élèves et récit de ce parcours. Il a permis de commencer à partager la beauté et la puissance de
cette pratique et à la diffuser.
Aujourd’hui, l’aventure a essaimé en Belgique, en Suisse, en France et au Québec, avec déjà
près de 300 praticiens formés. Certains font rayonner cette posture dans des domaines aussi
variés que l’éducation, l’insertion, l’art, la thérapie ou la culture.
Comme un chant millénaire, l’autolouange nous rappelle que chacun porte en soi une
parole de dignité à faire entendre.
Pour en savoir plus
• Un documentaire de 10 minutes sur l’autolouange dans mes premières classes
• Marie Milis, Exercices Pratiques d’autolouange (Payot)
• L’annuaire des facilitateurs pour trouver quelqu’un près de chez vous et expérimenter par
vous-même


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