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Au-delà du « positif » ou du « négatif », aller à la rencontre du bouquet de sa vie

Par Marie Milis


Et si la véritable liberté consistait à ne plus choisir entre ce qui est « propre », « acceptable » ou « positif » et ce qui l'est moins ? Cet extrait de "Loué soit Je" nous invite à accueillir la totalité de notre paysage intérieur.





Dans l’autolouange, il s’agit de s’octroyer la confiance de la liberté : ne pas sélectionner ce qui vient, ne pas vouloir faire joli, propre ou positif. Tout prendre, tout regarder, tout accueillir, avec grandezza.


Couramment nos émotions sont édulcorées, trop vite perçues, voire classées, comme positives ou négatives. Nous nous restreignons à ne vouloir qu’un petit bonheur non écorné. Dans le jaillissement des profondeurs, tout est également nourricier, le doux comme le sévère, l’âpre comme le délicieux, l’enfoui comme le présentable, le douloureux comme le joyeux, l’étrange comme le connu. Il s’agit d’ouvrir la vanne du dire et de tout accueillir.




Tout prendre : ne pas se limiter à l’amplification botoxée d’un positif surboosté… et artificiel.




Le tamis du jugement


Ne vouloir donner passage qu’à ce qu’il est commun de percevoir comme « positif » demande la présence d’un tamis, d’un filtre qui sélectionne parmi ce que je perçois ce qu’il est bon de dire ou ce qu’il faut retenir, voire enterrer au plus profond de mes silences… et de mes graisses !


La difficulté étant que notre cerveau a vite fait d’installer cette vigilance du choix en tyrannie de l’interdit. Ainsi muselée, je ne serai jamais que le pâle reflet d’une vie bridée.


Par ma vigilance sélective, mon jugement draconien, je m’empêche moi-même d’expérimenter le jaillissement du spontané, de l’inaltéré inaltérable vivant en chacun de toute éternité.


Les mots puisatiers


Dans cette aventure, être soi n’est pas une donnée de base mais un devenir. Lorsque je saisis le fil ténu des mots puisatiers qui révèlent mon être véritable, je me rencontre et deviens qui je suis appelée à être.


Lorsque je prends le tout de ma vie, sans donner place à ma propension à sélectionner ce que j’aime et ce que j’écarte, lorsque j’embrasse la totalité de mon être, lorsque j’accueille inconditionnellement tout ce qui de moi émerge et m’exprime, enfin unifiée, je suis à la disposition de ce savoir ancré en moi et trop souvent ignoré. Je suis à l’écoute du chant de mon âme.


Toutes les fleurs du bouquet


Écrire une autolouange, c’est partir à la rencontre de ce qui est dans l’intime de soi. Cela ne veut pas dire pensée positive : on prend tout, ce qui est « beau » et ce qui l’est moins, le lourd, le laid, le grand. Dans notre bouquet, toutes les fleurs sont accueillies : les roses, les marguerites, les tulipes et les orties. Cela permet de muter, de passer d’un quotidien fragmenté à la grâce de voir la vie comme elle est. Pas seulement une acceptation mais un éblouissement. Et quand l’épreuve arrive, elle a sa place.


Sans volonté de se changer


Dans les pratiques d’affirmation positive, ou dans la méthode Coué, il est question de s’envoyer des fleurs, des phrases positives pour que, en s’en inspirant, la personne retrouve le rose de son paysage devenu trop gris. « Là où il y a du gris je mets du rose » est une démarche volontaire.

En autolouange aucune intention de s’envoyer quoi que ce soit, aucune volonté. La seule invitation est d’écouter ce qui est en soi et d’en amplifier l’expression. Aucune volonté de modifier ou d’obtenir quoi que ce soit.


L'émergence de l'élan vital


Par contre, force est de constater qu’au-delà du pire... monte une autre couleur. À ceux qui avec confiance dans le processus embarquent avec intégrité dans le vaisseau de l’amplification, en je, et osent les traversées du sombre, à un moment la dynamique bascule et monte une énergie de vie, une puissance positive, une affirmation de soi génératrice d’élan vital.


Pour aller plus loin :


"Loué Soit Je", ouvrage collectif sous la direction de Marie Milis, Ed. Grand Souffle, 2016.


"Loué Soit Je" est un ouvrage collectif qui rassemble une trentaine de récits et de réflexions autour de l'autolouange dans des domaines aussi variés que la maternité, la médiation en justice, l'école, la thérapie, le théâtre ou encore l'anthropologie.




Le texte de cette newsletter est un combiné des pages 23 et 124 de l’ouvrage.

 
 
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